Historique

Chermignon et sa Saint-Georges

Origine de la fête

Les archives régionales attestent la présence à Chermignon-d’en-Haut d’une chapelle dédiée à Saint-Georges dès 1521, mais n’indiquent pas la date de sa construction. Les registres paroissiaux mentionnent une population d’environ trois cents âmes pour le village au début du dix septième siècle.

Vers 1640 une épidémie de peste ravagea le Valais. Une tradition orale rapporte qu’à cette époque, un habitant de Chermignon, dénommé Ointzo, fit vœu de donner le produit d’un champ de seigle, sis au lieu-dit les Girettes, aux pauvres du village, si lui et sa famille étaient épargnées de la terrible maladie. Il fut exaucé. C’est ainsi, qu’à partir de la moitié du dix-septièmes siècle, deux distributions de pain béni eurent lieu annuellement, l’une au lieu-dit Tombir (signifie en dialecte : tombeau) à Pâques et l’autre, aux Girettes, le 23 avril (Saint-Georges). La présence d’une fosse commune au Tombir, datant de l’époque de la peste fut attestée à plusieurs reprises au cours du vingtième siècle par la mise à jour de nombreux ossements humains lors de fouilles pour la construction de bâtiments. A l’heure actuelle, on suppose que suite à l’extension des jardins potagers vers le Tombir, la tradition pascale fut abandonnée au cours du dix-huitièmes ou dix-neuvième siècle. Seules la bénédiction et la distribution du pain se perpétuent encore aujourd’hui chaque 23 avril.

A l’origine les habitants se déplaçaient en procession religieuse jusqu’au champ de Ointzo. Aujourd’hui, c’est un cortège solennel et festif qui y emmène population et invités. Le cortège est ouvert par la société  des grenadiers de Saint-Georges dont l’origine remonte aux temps napoléoniens. En effet, certains de nos ancêtres servirent l’empereur dans le bataillon valaisan ou les régiments suisses, notamment lors de la campagne de Russie (1812) et lors de la défense de Paris (1814).

Déroulement de la fête

Selon un protocole établi depuis environ 50 ans, vers huit heures, les invités,autorités religieuses, civiles et militaires, communales et cantonales et les chermignonards dans leur soixante-dixième année, se retrouvent à la salle bourgeoisiale pour une bonne collation matinale. Ensuite, devant la mairie, à neuf heures quarante cinq, a lieu la prise du drapeau communal, animée par les deux fanfares et une salve des grenadiers. Les participants se rendent ensuite en cortège à l’église pour une messe d’actions de grâce à dix heures, suivie d’un apéritif offert à toute la population sur la place paroissiale. A douze heures trente, le repas officiel est servi à la salle bourgeoisiale et dans les locaux des diverses sociétés.

A quinze heures, le cortège traditionnel se met en route pour les Girettes dans la composition suivante :

  • Groupe 1 : grenadiers suivis des petits soldats (enfants avec képi et baïonnette)
  • Groupe 2 : autorités et invités accompagnées d’un peloton de grenadiers portant drapeaux et anciennes pertuisanes, suivis d’une fanfare
  • Groupe 3 : deuxième fanfare accompagnant les chorales de la paroisse
  • Groupe 4 : Ensemble de la population

Cérémonie aux Girettes et retour au village

La partie traditionnelle, allocutions, prières bénédiction et distribution du pain est entrecoupée de productions musicales ou chorales. L’orateur (trice) du jour est invité par le conseil communal. Il s’agit chaque année d’une personne originaire de Chermignon, mais qui n’y réside plus. Elle choisit elle-même le thème de son discours qui est la plupart du temps lié à ses souvenirs d’antan. Elle est présentée par le conseil communal et saluée par une salve des grenadiers.

Le curé de la paroisse procède ensuite à la cérémonie religieuse. Le pain béni est ensuite distribué à toutes les personnes présentes. Le cortège se reforme pour se rendre sur la place de l’église, haut lieu du concert de la Saint-Georges durant lequel les fanfares se produisent en alternance et l’auditoire est désaltéré par un petit blanc bien frais. La fête officielle se termine vers dix-huit heures trente par la remise du drapeau communal et une salve des grenadiers.

Les festivités, évidemment, ne se terminent pas là. Elles se poursuivent dans les locaux publics, les carnotzets ou les caves privées. Dès vingt heures, un orchestre champêtre fait danser jeunes et moins jeunes dans la salle de la fanfare Cécilia.

P.S. : Les grenadiers, en fin de journée introduisent leurs nouvelles recrues par un bizutage semi-privé et bien arrosé, en plein air.

Texte rédigé par Laurent Duc, ancien président des Grenadiers de Saint-Georges